Il arrive qu'on se suicide sur un malentendu. C'est l'heure du rapport : un "code rouge" pour Karmen. À Palma de Majorque, la jeune femme avec ses cheveux roses et ses taches de rousseur, habillée d'une combinaison noire de squelette pénètre dans l'appartement d'une coloc étudiante. Elle se rend tout droit à la salle de bain où Catalina s'est taillé les veines. Dans l'instant suspendu entre la vie et la mort, l'introspection commence pour la jeune fille et son chagrin d'amour, emportée dans une narration fantastique qui jongle en mises à distances et dimensions parallèles.

En imaginant ce purgatoire métaphysique administré par des femmes, Guillem March qui a déjà travaillé pour « Batman » et « Catwoman  » soigne l'architecture comics de chaque planche, multiplie découpages dynamiques et cadrages surplombants à créer le vertige. Il signe en solo ce thriller psychologique époustouflant qui propulse la suicidée toute nue, en vol plané au-dessus des souvenirs et des réalités, dans cette ville des Baléares d'où l'artiste est originaire. Sa partition crépusculaire joue du rouge au bleu en variations mélancoliques, portée par un tracé fulgurant qui métamorphose la tragédie en conte de fée d'un coup de baguette graphique.